Flyingshoes' tour | |
De la canopée à l'océan...PULAU WEH (Indonésie, Sumatra), le 30/08/08 Wohohohohohhhh, comme on dit dans la jungle ! (petit clin d'oeil à "Eddy Louis" qui le hurle si bien) Déjà fin août, comme le temps file... Ne nous satisferons nous jamais encore de... "vacances" ? Et pourtant Dieu sait (Allah est omniscient dans le coin, oups !) si on envie assez les miennes en tant qu'"instit". Quand je pense que mes chers collègues vont reprendre dans quelques jours le chemin de l'école... alors qu'il me semble leur avoir souhaité de bonnes vacances il y a quelques semaines tout au plus... Ppppppfffffff, comme on prend vite goût à l'oisiveté... ou bien le temps et l'espace se tirent la bourre et quand l'espace s'élargit, le temps rétrécit d'autant... Voilà mon constat à deux pas du hamac, sur ma terrasse ensoleillée avec vue sur océan turquoise, pianotant sur le clavier du petit ASUS de Sandrine et Philippe (le pinglot ! comme on dit dans les Ardennes...), ça vous étonne ?! Neuf mois que l'on a quitté la France et c'est comme si c'était hier... sauf les jours où je me lève avec le bourdon, ce qui m'arrive et là, je troquerais illico mes baskets vertes en softshell et mon sac à dos contre des retrouvailles pleines de tendresse... C'est que je verse ma petite larme dans l'océan de temps à autre tout de même ! En attendant, car ce jour viendra certainement bien vite (selon la logique précédente) et qu'il vaut mieux penser à aujourd'hui avant de vouloir gloutonner demain... je vous offre un peu de jungle et de merveille sous-marine... et je suis sûre que l'on va se comprendre... Un petit tour de jungle first, les yeux levés sur la canopée et ses habitants avant de plonger dans les profondeurs abyssales autour de Pulau Weh. Non, je déconne... mais un petit 10 mètres sous les mers quand même... tintintin (comme dit Renaud), suspens... Kedah (Indonésie, Sumatra) : 11 - 16 août Une cargaison de durians dans le coffre et sur le toit, nous pour un trajet parfumé de 5 heures jusqu'à Blangkejeren. De là, nous enchaînons pour le campement dans la jungle de Mister Jali, une vingtaine de kilomètres motorisés puis deux dans la forêt, les sacs sur le dos. Au milieu d'une jungle extraordinaire, à deux pas d'un torrent, trois bungalows sommaires. Une famille australienne campe ici, un autre couple les rejoint chaque soir autour du feu de camp. Ils enseignent l'anglais, forment les guides ou travaillent sur un projet pour éveiller les consciences locales au problème majeur de la déforestation. Deux indonésiens en cuisine nous préparent des repas sommaires et l'eau potable avec une grosse louche de sourires... La douche et les nuits sont glaciales mais au diable le confort dans un endroit pareil ! Au petit matin, les cris des oiseaux et des singes comme un appel à la découverte... - Jungle trek Trois jours de trek à travers la jungle du Gunung Leuser, guidés par Mister Jali et avec l'aide précieuse de deux adorables porteurs aux petits soins. Avec leurs 25 kg sur le dos, ils se plient en quatre pour nous aider dans les passages les plus difficiles. Le sentier n'est jamais plus large que nous. Il disparaît par endroit sous l'envahissante végétation et Mister Jali l'ouvre alors à grand revers de machette ! Monter, refuser l'aide des arbres au tronc épineux ; descendre, sans tomber dans les pièges qui jalonnent le sentier : lianes, ronces, pousses d'arbres, terre molle et glissante. Remonter, escalader les racines des majestueux rambus au tronc tressé ; redescendre et assurer chaque pas : s'accrocher à la montagne... Quelques chutes et dérapages non contrôlés sont alors inévitables !
Les passages à gué du torrent pimentent la fin du parcours qui, après l'arrivée sur un flan de montagne éboulé se transforme en véritable raid : éprouvant mais vraiment amusant, excepté la présence d'un serpent fluorescent qui digère sur notre route. A l'annonce qu'il faut lui rendre visite, je fonds en larmes et tremble comme une feuille. Après réflexion, nous traversons le torrent pour poursuivre plus facilement sur l'autre rive... soulagement immense ! Mais l'angoisse me serre le ventre pendant la dernière heure de marche. Sandrine connaît aussi quelques montées d'adrénaline alors qu'elle croise sur son chemin des vers dont elle est totalement phobique. Les porteurs écarquillent les yeux devant ces filles qui peuvent éclater en larmes en moins d'une seconde et probablement à leurs yeux, sans aucune raison... Après la marche, bain dans le torrent glacial, nus au coeur de la forêt, camouflés par des rideaux de feuillages et des stores de fougères qui filtrent les derniers rais de lumière ; puis repas autour du feu : riz, nouilles, pommes de terre, le tout dans la même assiette (agrémentée d'une sardine tout de même), un régime riche... en féculents ! Rien de très gastronomique mais la faim ne nous rend guère exigeants et... pister l'orang-outan demande de l'énergie ! Ces singes sont nomades et peu nombreux (75 environ habitent la forêt, perchés dans des nids très vite abandonnés)... et resteront une rencontre rêvée. Nous nous consolons, émerveillés comme des gosses, avec le spectacle acrobatique de quelques gibbons et macaques que nous n'avons d'ailleurs pas dénichés sans mal dans la canopée... Espèces végétales étonnantes et inconnues, champignons étranges, entrelacs de lianes et de racines, bruissements et cris croisés, odeurs douces mêlées au parfum chaud de la terre, la jungle est une énigme que l'on déchiffre avec beaucoup d'émotion mais aussi d'humilité... - Jungle birthay ! Mon gibbon préféré a fêté ses 38 ans dans cet incroyable endroit, un briquet planté dans un paquet de biscuits archi-secs en guise de gâteau d'anniversaire. Un cadeau de mes mains, fait avec amour comme son premier collier de nouilles, son empreinte de main dans le plâtre, un cendrier en terre cuite. Bref, quelque chose qui ne s'achète pas, car dans la jungle, on n'achète pas de cadeau, on fabrique. J'en garde le secret car il n'a de sens que pour celui que j'aime... Takengon (Indonésie, Sumatra) : 17 - 18 août Réveil en fanfare : 17 août, jour anniversaire de l'Indépendance Nationale, Mister Jali nous a finalement dégoté un minibus qui part le matin (il est soit disant interdit de travailler avant la fin du défilé de l'après-midi) et nous sort du lit pour un départ dans les 30 minutes. 3 kg de linge trempé, le sac à dos complet à refaire, un petit déjeuner et quelques kilomètres dans la forêt... mais nous sommes à l'heure indonésienne et arrivons sur place une heure plus tard avec encore un peu d'avance... A 11 heures, après tours, détours et retours dans Blangkejeren, nous prenons enfin la route de Takengon, le minibus est complet. Encore un trajet long et éprouvant, sans cesse ballottés de gauche à droite sur une route en S majuscule. Et quelques passagers de vomir par les fenêtres... Au-dessus de leurs gémissements, une "techno-xylophone" ahurissante nous martyrise les oreilles pendant 6 heures. Nous devons lutter avec le chauffeur (sympathique au demeurant) qui tient absolument à nous faire profiter de la puissance de son caisson de basse... un délice ! Mon casque ‘intra' (trop la frime) m'isole un peu de cet univers sonore infernal. Je savoure alors le décor splendide des montagnes végétales... derrière les vitres teintées et la fumée épaisse des cigarettes. A Takengon, l'offre hôtelière est rare et peu séduisante. Nous dénichons une chambre relativement propre : cage à lapins tristounette sans fenêtre, baquet d'eau froide au bout du couloir pour la douche... La ville s'étend au pied d'un grand lac lisse comme une feuille de papier. Sous la grisaille et l'appel plaintif du Muezzin, le paysage urbain est un peu blême... malgré le défilé déguisé des écoles qui colore et anime l'avenue principale. Fruits et légumes généreux garnissent l'arrière des pick-up, les étals de bois du marché couvert et égayent les baraquements aux toits de tôle d'une touche acidulée. A l'entrée du marché stationnent les side-cars (au "car" format boîte d'allumettes) dont les chauffeurs vous hèlent pour une petite course, des groupes d'hommes ricanant au passage de deux blanches que les bavardages ont laissé quelques pas derrière leur ‘mari'. Toujours, des passants aux marchands, et situation cocasse, jusqu'aux figurants du défilé, des regards soutenus et curieux, suivis de saluts enjoués... Banda Aceh (Indonésie, Sumatra) : 19 août Vers la pointe Nord de Sumatra : Banda Aceh. La guerre séparatiste qui sévissait depuis les années 70 a cessé depuis 2004 et l'après Tsunami. Le climat est de nouveau serein mais quand l'argent de l'aide internationale viendra à s'essouffler, la reprise des affrontements est à craindre. Le Dieu Money conduit les âmes séparatistes même les plus fanatiques ! Et le Tsunami de 2004 de sonner l'Armistice en marquant un point décisif dans la surenchère catastrophique. Dans la ville, le souvenir des dégâts causés par cette déferlante meurtrière est toujours palpable... de hauts bâtiments flambant neufs, anciens les plus ras, des chantiers tous les 20 mètres et pas une mosquée sans un échafaudage vers les Cieux ou l'appel du marteau... Celui de l'île de Pulau Weh, à quelques kilomètres de ferry précipite notre envie de quitter la ville qui, à vrai dire, n'a rien d'enthousiasmant. Ile de Pulau Weh, plage de Iboih (Indonésie, Sumatra) : 20 - 29 août - Le monde de Némo Les indonésiens ne sont pas familiers des grilles horaires : vente d'un ticket pour le ferry de 14 heures, départ avec celui de 16 heures, le seul à naviguer ce jour... Arrivée à Iboih de nuit après deux heures de traversée, une heure de route en serpentin travers l'île et une encore de marche le long de la plage... avant de poser les sacs dans les bungalows de Yulia's, spacieux et confortables, à deux mètres de l'eau...
Au petit matin, le rideau se lève et nous découvrons de la terrasse une vue enchanteresse sur l'île de Rubiah à 200 m et l'océan, malgré un soleil timide. Légèrement instables sur leurs hauts pilotis, les bungalows semblent flotter, radeaux, quand à l'heure de s'endormir le clapotis des vaguelettes contre les rochers nous entraînent dans des rêveries marines. Le jour, au-dessous de la surface bleutée, frémissante, la rêverie poursuit son cours. Un monde insoupçonné de notre regard terrestre s'offre à nous, masqués, tubas embouchés : coraux multicolores et fleuris, "champignons" spongieux ou durs comme le roc aux équilibres improbables sur terre, copeaux de chocolat verticaux glacés de circonvolutions blanches à l'extrémité ; anémones, poissons clowns et autres petits trouvent refuge dans leurs replis. Aux rochers, s'accroche quelque étoile de mer géante, bleue ou blanche. Des bancs de poissons nous enveloppent, bleus, jaunes, argentés... féerique ! Parfois, la danse de demoiselles en duo, le passage de perroquets bigarrés... une rascasse évoluant comme un vaisseau bien armé, une affreuse murène gueule béante et acérée, une raie aigle au vol gracile et imperturbable. Philippe et Cyril aperçoivent même un requin : ils ne perdent ni leur sang-froid, ni celui plus chaud d'une jambe ou d'un bras (très drôle !), cette espèce n'attaquant pas l'homme et surtout pas nos deux impressionnants gaillards ! Chaque jour, le décor change et les scènes sont uniques au pied du bungalow ou autour de Rubiah Island que nous gagnons à la nage ou en bateau à moteur... De la terrasse où j'écris, mon regard se pose, courtes pauses, sur le miroir scintillant des eaux. Invisible, cette féerie en technicolor ondule pourtant, silencieuse et parallèle, en secret... - ... Et je me jette à l'eau ! Le groupe a ceci d'extraordinaire qu'il vous pousse toujours un peu plus loin, au-delà du seuil de ce que l'on pressent possible mais qui effraie encore... Curieuse mais angoissée (angoissée mais curieuse ??), je dois saisir l'occasion... et puis, j'ai trop d'orgueil pour être le boulet du groupe et se trouver des excuses finit par être fatiguant ! C'est ainsi que nous partons tous les quatre en plongée. Pour Sandrine, Cyril et moi, c'est une première. Sandrine gère une appréhension modérée, Philippe et Cyril affichent la sérénité d'animaux aquatiques... alors je fais de mon mieux pour éviter de penser aux centaines de choses terribles et improbables qui pourraient selon des circonstances extraordinaires nous conduire à une mort atroce, cesser de me persuader que je ne serai pas capable d'effectuer tel ou tel geste un tantinet technique, alors je respire, je respire, je respire... Jacqui est notre instructeur, nous suivons la même route que cette sympathique australienne depuis Kedah. Souriante, détendue, elle me met en confiance et reste à mes côtés tout au long de la plongée (un autre type nous encadre). La plongée en binôme avec mon cher et tendre poisson sera pour une prochaine fois... Cette première aura surtout été l'occasion de me prouver que je pouvais gérer mon stress, non sans mal certes, mais je réalise que je m'adapte surtout lentement et que mon ego doit accepter le fait d'avoir besoin de temps... Accepter également de ne pas réussir au premier essai et que cela ne résonne pas comme un échec définitif qui me met en panique... ça m'affole d'être encore obligée à 30 ans de me convaincre d'évidences pareilles mais... Une heure pour apprendre à utiliser le détendeur, celui de secours de Jacqui, récupérer le sien que l'on a perdu, vider son masque sous l'eau, se diriger à l'horizontale, monter, descendre sans les bras en gérant sa respiration (en fait, le plus délicat)... avant l'expulsion du bateau, en arrière toute avec un poids de voleur sur le dos... J'ai trouvé le temps court, très court, trop court ! Une plongée intermédiaire de 5 minutes m'aurait certainement permis d'apprécier davantage celle d'une demi-heure. Je n'ai commencé à réellement profiter que dans les 5 ou 10 dernières minutes tant les précédentes étaient happées par la concentration et la gestion du stress. Sandrine est remontée avec le mal de mer et l'empreinte de son masque creusée sur le front tant il le lui comprimait, Philippe et Cyril en avaient quant à eux encore sous la palme... mais il faut se plier à celui qui vide le plus vite son litron d'oxygène... (moi !) En plongeant dans mes rêves, j'ai revu ce film extraordinaire... ma mémoire m'a fait une belle surprise que j'ai savourée au chaud dans notre lit dans les nageoires de Cyril, détendue...
Demain, nous reprenons le bateau pour Banda Aceh, puis direction Medan (retour à la case départ) avant une excursion à Bukit pour voir quelques orangs-outans en réhabilitation... Après, nous ne savons pas encore quel sera notre programme, peut-être sera-t-il le moment pour Sandrine et Philippe de retrouver des amis à Bornéo et nous prendrons alors des routes différentes. Très chouette ce petit tour de Sumatra en quatuor, les violons s'accordent bien ! Ça va être difficile de quitter ce petit coin paradisiaque. Ce matin, la journée s'annonçait maussade avec un temps gris et pluvieux... Au premier rayon de soleil, nous avons enfilé les masques et les tubas et cette fois la découverte d'une raie énorme enfouie sous le sable et de deux tortues... un endroit vraiment fantastique, l'Arche de Noé des animaux qui n'auraient pas eu besoin de l'Arche... Salées, salées, les bises, nous vous embrassons. Flo PS 1 : Beaucoup de courage pour la reprise, étudiants, écoliers (pensée spéciale pour le petit petit frère qui fait sa toute première rentrée en maternelle), les enseignants et les travailleurs, travailleuses, chers compatriotes et tout le tintouin quoi ! PS 2 : Une rencontre de dernière minute à signaler... Ce matin, encore du nouveau dans l'aquarium : des requins !!! Incroyable, non ?? Ce "sglurp" dans la gorge... Publié à 01:14 , le 30 août 2008, Indonésie Mots clefs : { Page précédente } { Page 28 sur 49 } { Page suivante } |
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