Flyingshoes' tour

Centrale Amérique Centrale...

PANAMA-CITY (Panama), le 28/01/10

Hola !

Comme il est bon de voyager au Nicaragua... Une nature inoubliable où rien ne manque à votre plus paradisiaque composition onirique...  

Plaisir aussi de voyager dans un pays où le tourisme n'a pas corrompu les mentalités. Et voyager l'esprit tranquille, accompagnés d'un agréable sentiment de sécurité que confortent de rassurantes statistiques concernant la criminalité touristique. Les Nicas vous accueillent à bras ouverts, généreux et avenants, souriants et débonnaires.

Esprits rebelles et insoumis, leur histoire est faite de luttes populaires, les années 70 et 80 marquées par les guérillas révolutionnaires sont dans toutes les têtes ; sur les murs et dans les discours, on adule toujours (hasta siempre !) les héros révolutionnaires d'ici ou d'ailleurs, Sandino, Fonseca ou le Che. Et sur les trottoirs, en soirée, calés en vis-à-vis dans les rocking chairs, l'heure est bien souvent à la bavette politique entre amis...

Il y a tout à aimer ici. Avant peut-être que le Costa Rica voisin ne fasse trop d'envieux et que se pressent ici des hordes de retraités américains en short et longues chaussettes blanches... ça ferait désordre.

Quelques semaines trop courtes dont ce bref aperçu vous laissera moins que nous sans doute sur votre faim ! Enfin qui sait, ces lignes susciteront peut-être quelque appétit ?

Estelί (Nicaragua) :  4 janvier

Cinq bus pour une frontière : d'abord, il faut gagner Tegucigalpa, puis trouver celui qui nous fera traverser du Sud au Nord toute la capitale parmi les embouteillages. Une heure avant le suivant pour la frontière, le temps de grignoter sur le marché d'à côté. De là deux autres, le premier pour Ocotal (dont le chauffeur prend la peine de nous courir après pour nous rendre le passeport que Cyril a fait tomber sur son fauteuil !!) puis le dernier pour Estelί. Enfin. Rideau sur une journée transport.

Ambiance cowboy dans la ville toujours. Chassé-croisé d'hommes en chapeau, galon de fines cordelettes autour... L'animation des rues est 100% couleur nicaraguayenne. Nous comptons à peine une dizaine de touristes en deux jours... Des vendeurs des deux saisons ont à chaque coin de rue installé leurs tréteaux sur fond de peintures murales  aux couleurs vives, l'œuvre de collectifs très actifs dans la région. Revendications sociales, politiques, éducation à l'écologie, à la citoyenneté, hommage aux héros sandinistes du FSLN (Front Sandiniste de Libération Nationale créé par Fonseca contre le règne de la dynastie dictatoriale Somoza - quatre décennies pouponnées par les USA -)... Fin des années 70, la ville d'Estelί pleure ses martyrs de la Révolution. Un petit musée émouvant géré par leurs mères continue à leur rendre hommage... 

Leόn (Nicaragua) :  6 janvier

Une des villes phare du pays. Autour, la plaine et les silhouettes bleutées des emblématiques volcans du Nicaragua, leurs couleurs gommées par les brumes de chaleur. L'imposante présence de ces géants en faction au-dessus de rues signées par la tradition coloniale se fait l'écho de la splendide Antigua, au Guatemala. Les demeures y sont plus modestes et l'état général joue la tendance décrépite. Et c'est bien cet atout surprenant qui fait le beau jeu de ces rues ; rues animées, vibrantes, cadencées sur un rythme alangui, bercées par une chaleur assommante que seule la brise marine aide à endurer. Sur les murs noircis de moisissures de la cathédrale, lézardes et craquelures dessinent exactement le charme qui habite toute la ville : splendeur usée, beauté rafistolée, élégance sans prétention, maquillage sans jeu de dupe... séduction garantie.

Sous les plafonds hauts des anciennes bâtisses coloniales, on a installé quelques tables et chaises en plastique devant  les fourneaux ; les rues regorgent de ces comedores bon marché, garnis de simples et bons petits plats. Puis une glace sur la place de la cathédrale : les bancs inconfortables et bondés, les lancers de pétards et leurs flèches de bois qui retombent à quelques mètres des passants surpris, les enfants qui se les disputent, le passage incessant des vendeurs, des cyclistes avec leur amoureuse en amazone entre leurs jambes... Le temps passe ainsi, sans que l'on s'en aperçoive, d'une petite scène de vie à une autre, jusqu'à ce que les lueurs orangées de 17 heures viennent caresser le corps musclé des statues sous les supports de cloches de la cathédrale...

 - Vamos a la playa !

Côté pacifique... le vent décoiffe les palmiers qui frangent la Playa Roca. Il nous souffle des vagues de musique venue d'une paillotte de plage. Des bouffées de sable volcanique se décollent sous ses rafales et pointillent nos corps de gris, allongés à l'ombre des rochers sombres délaissés par la marée. Au-dessus de nos têtes, de longues files de pélicans sillonnent le ciel avec assurance. Quelques autres avec nous se balancent au gré des vagues dont le ressac léger emmêle les eaux de brun.

Masaya (Nicaragua) :  9 janvier

Pour gagner Masaya, pas d'autre choix que de passer par Managua, la capitale. Comme les autres capitales centroaméricaines, nous avions plutôt à cœur de l'éviter. Nous embarquons à bord d'un bus dans un état de délabrement avancé (ces « school bus » américains tout jaunes qui n'ont pas vu d'écoliers depuis des décennies !). Bien mieux que les cahots de la route, il supporte parfaitement en revanche la comparaison avec nos pires souvenirs de bus népalais. Se profilent des heures interminables : une route dans un état si pitoyable que l'engin roule dès qu'il peut sur les bas-côtés et à 30 km/h quand il peut mettre toute la gomme. Le revêtement s'est fait la malle sur la moitié de la (dé)chaussée, c'est dire si ça arrive souvent !

Nous arrivons rompus, les cervicales en miettes, avec cette vague impression de continuer à tressauter tant le mouvement s'est imprimé dans nos carcasses ! Une piste dans une belle plaine couleur savane : l'ensemble n'a pas manqué de nous ramener pour un temps en Afrique ! Alors que le trajet était sensé durer une heure, cet étrange voyage pour gagner la capitale du pays, sur une route déserte sauf notre bus jaune miteux, voilà quelque chose de plutôt (inconfortablement) étonnant ! Et pour cause, Cyril réalise plus tard que nous aurions dû prendre un minibus partant d'une autre gare... et empruntant une autre route en bordure de lac. Celle-ci est en fait une vieille route si peu usitée qu'on ne l'entretient absolument plus... à moins que ce soit l'inverse ?

Pour la suite du voyage, de la capitale à Masaya, c'est la radio qui finit de nous achever  : une dance pourrie en medley mixée avec des jingles et des sirènes de match de foot on ne peut plus abrutissants. Puis une bonne marche avec les sacs sous le cagnard pour rejoindre le centre de la ville et parfaire le tout. Il est 14 heures et je ne rêve que de dormir !

Après une courte pause dans la chambre (je m'endors comme prévu en 10 secondes !), nous repartons user nos semelles sur les marchés ; objectif : manger ! Mais là, malheureusement pour nos papilles, on est loin de la profusion de bouffe qui nous avait tant réjouis à Leόn. Ce sera une assiette du traditionnel baho : de l'igname accompagné de fromage ou de porc, le tout saupoudré d'une salade de chou blanc pimentée. Quant à l'artisanat... le mauvais goût prête le plus souvent à sourire plutôt qu'à préparer un colis ! Pas plus de tentations à Catarina, un charmant village des alentours réputé aussi pour ses fabrications. Mieux vaut se contenter d'aller y admirer la vue plongeante sur la lagune Opoyo de la terrasse d'un café. Laisser d'ailleurs le béton et la pelouse usée du « mirador » (point de vue) aux nicaraguayens en pique-nique dominical, chinter son entrée abusivement taxée pour les (rares) touristes et ce, en passant par les coulisses du bar en question : les toilettes !

- Rock around the crater...

A l'horizon, le volcan Masaya. Nous sommes à l'entrée du parc national du même nom. Un parc bien quadrillé par de consciencieux Rangers qui en plus de veiller sur votre sécurité (?) sont surtout soucieux de vous voir éviter les chasses-gardées des guides. Pour ceux qui apprécient de marcher en toute liberté, seuls la route principale et le sentier autour des cratères sont autorisés. On se garde bien de vous souligner cette légère restriction au moment de payer votre ticket d'entrée...

Une petite route serpente pendant quelques kilomètres parmi la forêt tropicale sèche, semée de cactées, d'arbres ras, dont ces étranges poro-poros, aux branches parsemées de grosses fleurs jaunes comme des boutons-d'or géants. Et leurs dernières feuilles finissent de s'envoler faisant des branches un bouquet de grosses tiges spongieuses dégarnies à la silhouette étrange ; le vent souffle, balaye le tapis d'herbes pâles qui coiffe les coulées sombres de roches basaltiques.

Aux abords du cratère Santiago, le vent a forci et siffle en rafales puissantes. De ses profondeurs invisibles, il soulève le souffle asphyxiant des vapeurs telluriques. Plus loin, il rend la marche sur l'arête du cratère Fernando un peu funambule. D'un côté, une barbe rase couleur lichen et quelques arbustes rayent la roche noire du cratère ; de l'autre, l'horizon baisse son rideau derrière le lac Masaya, le volcan Mombacho et plus loin, les eaux jaunâtres du lac Nicaragua qui s'étendent jusqu'à la frontière Costaricaine perdue dans la brume...

Granada (Nicaragua) :  11 janvier

Granada, panier garni de beaux bijoux coloniaux... Dans le centre, les touristes armés de leurs appareils photos mitraillent les façades arc-en-ciel des élégantes demeures, les somptueux édifices publics, leurs arches et encadrements aux traits sculptés soulignés de blanc neigeux, les hauteurs de la cathédrale jaune d'œuf et toutes ces églises aux tons de sucreries... La vie des rues a pourtant perdu beaucoup de son âme nicaraguayenne ; comme dans toutes ces villes où la présence des business étrangers édulcore la beauté en la privant de plus de charme, et lisse le quotidien... Enfin, ça n'en reste pas moins très joli... et à l'heure de l'apéritif en terrasse on profite des dernières belles lueurs qui s'amusent sur les murs colorés des bâtisses.

                                             

Furetons un peu plus loin... La place d'abord, ses calèches aux chevaux pompeusement pomponnés ; les mamas en tabliers blancs à volants et leurs éternelles gamelles de vigόron (igname et viande assaisonnés de « picante » servis dans une feuille de bananier, LA spécialité du coin) ; les troquets improvisés autour d'un étal de glacières de frescos (délicieux sirops à base de fruits ou de graines) ; les vendeurs de chewing-gums (chicles) et de cigarettes, les mioches qui chahutent ; la musique épouvantable aussi que nous hurle un stand promotionnel de ventes de portables (la plaie du siècle !)... Quand ces briseurs de paix ont quitté les lieux, la place retrouve son âme, sa sérénité, les chevaux s'apaisent, nous aussi. On entend les oiseaux invisibles dans les manguiers touffus...

Puis, sans calèche, nous partons à la découverte des faubourgs, quartiers résidentiels sages et alanguis, qui sortent de leur torpeur à l'heure où le soleil s'endort... On aligne alors, sortis des salons ouverts sur la rues (parfois une simple grille les en sépare) quelques rocking chairs et on discute ; les nicaraguayens adorent palabrer : politique surtout semble-t-il. Sans doute ici, ville réputée conservatrices, les discussions sont-elles moins enflammées, moins révolutionnaires que dans le rival bastion libéral de Leόn (dont l'atmosphère m'a par ailleurs davantage séduit et de loin...)...

Il y a aussi cet endroit formidable et magnifiquement bordélique qu'est le marché... Pêle-mêle, de vagues tables de bois achalandées surmontées d'étagères bancales poussent devant les façades décrépites aux patines improbables. Au dessus, s'emmêle une jungle de fils électriques, suspensions paisibles planant sur ce fourmillement de piétons privés de trottoirs, de taxis qui les klaxonnent et de carrioles tirées par des chevaux étrangement indifférents à cette agitation... On hèle le badaud, on vente sa marchandise, on sillonne la rue bondée avec un énorme panier d'osier sur la tête, on répare tout et n'importe quoi, on se bouscule mais on vous salue, toujours... Toute la moelle gouteuse de Granada se concentre dans ce lieu. Chaque soir, nous y trouvons notre mamie, fidèle au poste de sa friganta  (comprendre quelques tréteaux autour d'un barbecue) : au menu, poulet / bœuf (ça dépend des arrivages) et gallo pinto (riz mélangé à des haricots noirs, plat national !). Du pas cher, du bon et du copieux... Mais les touristes préfèrent généralement la mode locale façon gringo : le même plat en plus frugal avec des murs bien décorés, de jolies tables et de classieux livrets en cuir pour y glisser une addition tout simplement trop pimentée. C'est un choix... nous on préfère faire tourner la gargote-à-mamie !

Moyogalpa, île d'Ometepe (Nicaragua) :  13 janvier

« School bus » pour Rivas, puis San Jorge. ça toussote et ça cahote lentement ; un « bus à Oui-Oui » comme les appelle Cyril, ça s'arrête puis ça repart, n'importe où, comme on veut, charge et décharge. Parfois on repart même en marche arrière. Un passager oublié ? Peut-être...

Jour de vent. Embarquement pour Moyogalpa à bord d'une lancha un peu trop coquille de noix à mon goût. Dans le port, les eaux du lac se déchaînent. Mais aujourd'hui, les bateaux prennent le départ. Quelques heures de manège, un tour de bateau-pirate pas vraiment drôle. En rebondissant sur mon banc, je garde les yeux rivés sur le bouillon gris et écumeux à quelques mètres d'un pont sans bastingage. Je ferme les yeux quand j'ai trop peur. Les bagages oscillent devant l'horizon, les passagers s'accrochent. Sauf un, allongé sur la plate forme. Tout se remue ménage ne semble pas l'inquiéter ; son corps tangue au gré de la houle comme un brin d'herbe dans le vent. Sans effort, il retrouve sa position initiale. C'est un îlien d'Ometepe.

La houle s'est un peu calmée et m'autorise une percée timide plus en avant du bateau. Ometepe s'annonce enfin, le cône parfait du volcan Concepción est devenu énorme. Une calotte de chantilly nuageuse couronne ses flans ridés et les reflets de ce velours gris caressé par la lumière du soir se teintent d'or... 

El Madroñal, île d'Ometepe (Nicaragua) :  14 janvier

Concepción et Maderas, mamelles nourricières, tétons volcaniques émergés de l'immense lac Nicaragua. L'île d'Ometepe est née, fertile à souhait. Dans l'eau douce, les bœufs viennent s'abreuver, guidés par des cavaliers dont les chevaux s'ébrouent avec plaisir dans les vaguelettes.

La plage de Santa Cruz est déserte. De chaque côté, un volcan nous fait signe, Concepción dont la crème nuageuse s'accroche puis repart au gré des vents. Maderas et ses pentes boisés qui couvrent en moutonnant des flans irréguliers. Au sommet, la forêt humide et dense oblige les marcheurs, paraît-il, à sortie les petites laines alors qu'ici sur le sable, nous bénissons l'abri de palme déglingué offert sur la rive... De très beaux arbres en parasol abritent le feuillage des plus petits, ourlent la plage sablonneuse sur plusieurs centaines de mètres, jusqu'aux bicoques de béton sans charme de Santo Domingo. De l'autre côté, à flan de colline se trouve notre campement, « El Zopilote ». Une finca (plantation) organique créée par deux italiens et gérée par un jeune couple de voyageurs français de passage pour quelques mois... Beaucoup de fincas, et surtout celles des propriétaires étrangers font davantage recette avec le tourisme que les plantations. Les prix ont tendance à grimper bien que le niveau de vie sur l'île des locaux soit très faible. Malheureusement, ces derniers semblent de plus en plus écartés de cette manne financière. Reste à s'échiner dans les plantations !

A Zopilote, la fiche des tarifs nous inspire une moue plutôt dubitative... Aurore et Bilel, en voyageurs solidaires et compréhensifs nous proposent leur tente pour éviter une location. Nous élisons donc domicile au milieu des bananiers et des palmiers, des hibiscus et autres bougainvillées. De beaux oiseaux blanc et bleu ardoise, gracieuse houppette et longue traîne viennent se poser à quelques mètres, nous réveillent avec le jour... l'endroit est paradisiaque. Et des fruits de notre immense jardin d'Eden, on se gave allégrement : bananes, caramboles, maracuyas (fruits de la passion)... Quel bonheur de se mettre au vert. Et plutôt deux fois qu'une car ici la carte écolo est la marque de la maison : tri des déchets, recyclage, toilettes sèches, « douches japonaises » (au milieu d'un bosquet de bambous et de plantes exotiques aux feuilles géantes et gobeuses de savon), fabrication de produits bios, panneaux solaires, recyclage des eaux grises... Consommation a minima, autosuffisance et débrouillardise, l'entreprise est séduisante. Et je me mets à construire en rêve mon refuge écolo sous les bananiers...

Les journées passent vite, trop vite, quand on tombe amoureux. Les chemins sont merveilleux. De la finca, nous tournons autour du volcan Maderas. Les bananeraies succèdent aux pâtures griffées de palmiers, aux carrés de canne à sucre vert tendre.  Passent des chevaux... Plus hauts, les caféiers poussent à l'ombre d'arbres majestueux emmêlés de lianes. Un iguane, un papillon bleu. De petites fermes proprettes jalonnent ses sentiers minuscules qui serpentent parmi les grosses pierres sombres volcaniques. Des nuées de perroquets gouailleurs s'envolent à notre passage pour coiffer un autre arbre plus loin. Les singes hurleurs se font entendre dans les branches hautes. L'homme est présent, modestement et ces terres donnent l'impression d'un monde presque nouveau, à peine dérangé par sa présence. Ce petit coin de terre est un véritable miracle de beauté. Je sais aujourd'hui que je penserai aux chemins d'Ometepe quand j'aurai besoin de paradis... 

San Carlos (Nicaragua) :  19 janvier

Sur la piste qui nous conduit au Nord de l'île, à Altagracia, le bus avance moins vite qu'un bon marcheur. Nous arrivons in extremis avant la fermeture des guichets du port et pensons-nous le départ. Une fois notre billet en main, nous attendons pourtant presque deux heures (le temps du chargement de tonnes de bananes) le départ du ferry pour San Carlos, à l'autre bout du lac, une mer, à l'autre bout de la nuit.

Les eaux sont calmes cette fois. Pour la nuit, une banquette de première classe à se partager. Manque un mètre cinquante ! Cyril finit par opter pour le plancher d'acier et me laisse, chevaleresque, la mince planchette capitonnée. Nous dormons mal, mais lui plus que moi encore.

Le lendemain, nous débarquons à San Carlos, une petite ville de béton et de planches ripolinées au charme grunge caribéen. L'agitation bat son plein quelques heures après l'arrivée du ferry : aux baraques de l'Immigration (beaucoup passent dans la foulée côté Costa Rica), sur le port, au marché ou dans la poussière de la gare routière. Puis, comme un soufflé qui retombe, les rues retrouvent leur calme à mesure qu'assomme la chaleur de l'après-midi. En soirée, quand l'atmosphère fraîchit, San Carlos vit son second souffle, sa vie de village tropical, poste frontière mis à part...

- Au fil du Rio San Juan

Rio San Juan : un long cordon de rivière qui relie le lac à sa mère caribéenne. Un bateau à moteur nous embarque jusqu'à El Castillo, un village sur la rive à trois heures de lancha. Quelques hameaux de fortune autour de terres défrichées et autour, la jungle... La rivière semble n'avoir pu arrêter complètement sa course, et racines, branches, lianes et bois mort s'enchevêtrent au-delà de la rive, dans les quelques premiers mètres d'eau. Imbroglio végétal, indescriptible mélange des essences. Dans ce grand jardin exotique et sauvage, de grands échassiers blancs absolument immobiles me rappellent les cygnes de plâtre des pelouses pavillonnaires, sauf que là, c'est beau, très beau. En séchant leurs plumes, les cormorans noirs stoïques leur font écho, ailes déployées clouées en croix.  De longues files en V de canards sauvages frôlent l'eau et semblent se presser, elles, vers ailleurs...  Le ciel est pâle, la jungle magnifique malheureusement ternie par ce plafond blanchi. Et El Castillo vient sous une fine pluie. Bicoques de planches à deux étages, odeur de terre humide, jardins aux fleurs mouillées ; le souvenir de villages laotiens sous la mousson.

- Rivière et frontière...

Les singes hurleurs nous accompagnent le long de l'étroit Rio Frio. Nous passons la frontière. Le soleil cette fois, s'amuse dans les feuillages et pointille l'eau de millions d'étoiles. Un beau bateau de croisière pavane en sens inverse : de riches touristes américains nous saluent, visiblement enjoués par leur expédition. Pour nous, s'en est une autre qui va commencer : éviter que les dollars ne fondent comme neige au soleil. Et ici, il cogne plutôt dur !

 

Que l'hiver prenne soin de vous. L'hiver ardennais... ça paraît si lointain d'ici...

Nous vous embrassons, à très bientôt.

Flo



Publié à 03:06 , le 29 janvier 2010, Nicaragua
Mots clefs :


Cowboys et haricots noirs...

LEON (Nicaragua), le 06/01/10

Buenos dίas,

Je ne suis pas certaine que l'idée de passer quelques jours au Honduras nous soit un jour venue sans le projet de cette traversée centroaméricaine. La route du Sud, celle des montagnes nous fait traverser un pays peuplé d'aimables cowboys. Des petites villes pittoresques et poussiéreuses où les choses se passent lentement.

Malgré l'instabilité politique du moment (un président en exil au Brésil suite aux dernières élections), le sentiment de calme domine. Mais des places des grandes villes, plombées de militaires armés jusqu'aux dents, s'échappe une ambiance un peu loin du pacifisme tout de même (peut-être un calme un peu terrorisé). Côté voyageur, nous nous sentons plus décontractés, les rues et les transports sont franchement tranquilles...

Sous le ciel bleu ou la grisaille, le vert éclatant triomphe de chaque morceau de terre, plein de vie ; la moindre bicoque, tapie sous les palmiers et les arbustes fleuris semble avoir émergé du dessous sans pouvoir percer tout à fait cette indétrônable gangue végétale...

La route du Nord nous aurait probablement plongés dans une ambiance caribéenne tout autre... Sûr qu'il y a ici de véritables trésors à découvrir mais... le temps (si, quand même, il passe...), les liaisons difficiles dans certaines régions reculées, le carrément hors budget du hors des sentiers battus... Bref, nous avons choisi les montagnes. Et Voilà à quoi ressemble ce petit coin de Honduras...

Copán Ruinas (Honduras) : 27 décembre

Une jolie route à travers les collines nous conduit jusqu'à la frontière hondurienne. Les touffes emmêlées d'une végétation aux reflets phosphorescents piquent les ondulations de la terre, réveillant le fond cobalt des hauts versants sombres à l'horizon. Je savoure la pureté et l'éclat rares de cette lumière...

Passage de frontière sans encombre, l'extrême amabilité de l'officier hondurien en prime. Taxes et change tout ce qu'il y a de plus réglo. C'est appréciable.

Nous grimpons dans un minibus pour Copán Ruinas. En chemin, l'espace s'amenuise ; un groupe de muchachos, version grosses boucles de ceinturon dorées (chevaux, chapeaux, drapeaux... tout y est !), chapeaux hauts et chemise ouverte jusqu'au bas-ventre s'encastre tant bien que mal en riant, dans les niches restantes.

Sur les rues pavées de Copán, les pétards continuent leur tapage quotidien. Un damier pentu de maisons basses aux tuiles ocre noircies est le théâtre d'une vie paisible que l'activité touristique n'agite que peu. Sur le marché, nous découvrons les quelques nouveautés culinaires populaires qui deviendront probablement notre quotidien : les pupusas, galettes de maïs fourrées de frijoles, de fromage ou de viande (que l'on trouve aussi dans des gargotes spécialisées répondant au joli nom de pupuserias), les baleadas (des tortillas géantes garnies des mêmes récurrents ingrédients) et toujours les assiettes « typiques » (viande ou poisson accompagné de riz, de crudités et de tortillas). Des étals de fruits et de légumes bien moins garnis et des prix un peu plus gonflés qu'au Guatemala...

- Copán Ruinas, le site

Si la ville de Copán Ruinas est une des plus touristiques du pays, c'est parce que les lieux ont d'abord été ceux d'une remarquable et très aboutie cité maya dont on a révélé  depuis quelques décennies les vestiges. A l'entrée du site, sans surprise, le prix est affolant. Et on passe du simple au double si l'on veut visiter les tunnels utilisés pour les fouilles archéologiques et encore un peu plus pour compléter sa visite par celle du musée.

Allégés des 30 dollars minimum, nous passons l'entrée gardée par quelque vingtaine de magnifiques aras au cri rauque et une troupe de débonnaires agoutis (une sorte de castor sans queue) affairés dans leurs mangeoires.

Nous pénétrons sur la place centrale, là où stèles et altars (pierres sacrificielles) sèment par dizaines un gazon manucuré... Nos déambulations dans ce musée en plein air nous entraînent à la pâle lueur d'un ciel malheureusement très gris ce jour, au cœur des reliefs de pierre mayas ; la complexité de leurs traits ne souligne que davantage l'énigmatique symbolique dont ils sont chargés. Cette richesse de la statuaire et des sculptures font  le prestige de ce site où, du reste, le nombre et les proportions des pyramides sont beaucoup moins impressionnants qu'à Tikal ou dans les sites majeurs du Mexique. 

Santa Rosa de Copán (Honduras) : 29 décembre

Aucun touriste à l'horizon des étroites et charmantes ruelles de Santa Rosa de Copán. Le centre de la ville, perché sur une butte s'offre à nous après une heure de marche rude avec les sacs à dos ;  puis une autre passe encore sans que nous aillions pu trouver une chambre à moins de 15 euros ! La posada que nous visions est fermée pour travaux et les deux hospedajes (auberges) que nous finissons par débusquer sont absolument lugubres. Nous échouons, épuisés et le dos en miette dans la moins affreuse des deux : même pas bon marché, plutôt pas propre et avec douche façon tuyau d'arrosage à 10°C. On sait d'avance qu'on ne s'attardera pas ici. De toute façon, il n'y a guère à y faire sauf à prendre la température locale (sous celle déjà fraîchie de la mi-journée de plus en plus nuageuse !) et envoyer quelques nouvelles d'un cyber café...

Hors des sentiers battus par les touristes, il faut souvent s'attendre à ce genre de déconvenue sauf à pouvoir payer le prix fort. Pour les repas, inutile également de viser les restaurants... les comedores du marché le midi et les stands de rue le soir sont davantage dans nos cordes budgétaires...

Gracias (Honduras) : 30 décembre

Ambiance western : des paquets de poussière s'envolent des rues pavées de grosses pierres rondes et inégales. Imperceptiblement, elle accroche en couche fine les murs bas et ternis des maisons ; des murs flanquées d'incroyablement hauts et étroits trottoirs, sur lesquels les passants en nombre anecdotique déambulent maladroitement, comme perchés sur des talons aiguilles fatigués, au hasard des marches et des cahots. 

A 8 kilomètres de Gracias, ceinte d'un flot ondulé de collines et de montagnes, se trouve le Parc National de Celaque où trône majestueuse la Cerra de Las Minas à quelque 2885 m. 

Pour nous y rendre, nous empruntons un chemin pierreux espérant que le passage d'un pick-up nous avancera jusqu'à l'entrée. Perdus parmi les bicoques de campagnes, les fermettes et les plantations de café, seuls les chiens, les ânes, les chevaux et quelques travailleurs à vélo croisent notre route. Accompagnés par le chant enthousiaste des nombreux oiseaux, nous profitons de la fraîcheur matinale et des couleurs dorées qui enflamment les cultures et les îlots de végétations rebelles... Comme écrasées de soleil, les échines de tuile des minuscules maisons ploient légèrement sous ses rayons ; et tassés au cœur d'une profusion de bougainvillées et autre débauche d'arbustes lourds de fleurs, les quatre murs blancs sous les toitures ondulées se devinent à peine...

12 heures plus tard, avec la nuit hâtive de ces latitudes, nous sommes de retour à Gracias. Quelque 30 kilomètres parcourus, 800 m de dénivelé dans un sens puis dans l'autre. Un sentier clair couvert d'épines de pins montant petit à petit dans la brume humide d'altitude et les feuillus. Les senteurs étaient de caramel, de pain d'épices, d'artichaut ou plus étonnantes encore. Parfois indéfinissables...

Sans cesse la vue d'une plante, quelque parfum me replongeaient dans la rêverie d'une promenade, ailleurs : les fougères gigantesques de Nouvelle-Zélande, les pins de Dalat au Vietnam, les senteurs de tisane de Sapa, les « jardinières » de plantes, broméliacées ou autres, parasitant les troncs et les branches de la jungle indonésienne ou thaïlandaise... L'ensemble peignant toujours quelque chose d'unique, dosant chaque élément, chaque enchaînement d'ambiance végétale d'une façon nouvelle.

Nous rentrons pile à l'heure d'une double panne d'électricité et d'eau, patientons avec une bière et un verre de rhum qui nous aideront à affronter un peu plus tard les 10°C de la douche nocturne ! Puis nous partons en quête de quelque repas de Réveillon... Vingt  tortillas et trois avocats seront notre risible menu de fête (prévoyants, c'est la veille, chez Lizbeth, une indienne Lenca très engagée dans la protection de sa communauté que nous l'avions en fait anticipé : le plus délicieux et original de nos repas depuis quelques temps ; recettes traditionnelles à base de produits 100% bio et locaux !). Les épiceries sont maintenant toute fermées, les comedores et les restaurants n'avaient pas l'intention d'ouvrir et ce sont deux inespérées vendeuses de rue qui nous sauvent la mise...

Alors que comme nous, la ville étrangement sage, semblait avoir un peu oublié le jour de l'an, un feu d'artifice et des salves de pétards enthousiastes nous tirent d'un sommeil à poings fermés. Nous replongeons dans nos rêves avant d'avoir complètement réalisé que l'année 2010 avait commencé...

La Esperanza (Honduras) : 2 janvier

Ballet de poussière dans les rues cabossées : un patchwork de pierres rondes usées, de vieux macadam blanchi et de terre battue écaillée... Sur les trottoirs, juchés comme de coutume à un mètre au-dessus du sol, on converge vers le petit marché central, quelques dizaines de cahutes de planches plantées de guingois comme une vieille dentition... Fichus à carreaux colorés sur la tête, robes simples à col chemise, les femmes Lenca font leurs maigres emplettes du côté des fruits et légumes et de l'épicerie. Les hommes en chapeau fouinent côté sellerie, cordages et matos de rancheros... Devant une épicerie d'une rue adjacente, l'un d'eux a garé son cheval qui en l'absence du cowboy patiente en léchant les bacs à glace... 

Carrément typique et peu touristique, cette petite bourgade vaut que l'on s'y arrête... Rien à y faire de mieux que regarder la vie des rues. Plutôt au ralenti, elle préfère les regards patients. Nous sommes ici au cœur de la région Intibucá, une des plus pauvres du pays. Effectivement, on ne peut pas dire que ça sente l'opulence... Les seuls étrangers que l'on croise sont membres d'ONG ou de missions chrétiennes. Chacun tente à sa façon de venir en aide aux pauvres âmes de La Esperanza. 

Comoyagua (Honduras) : 3 janvier

Nous poursuivons notre route en direction de la capitale, Tegucigalpa. Dernière étape, Comoyagua. Les paysages sont toujours aussi gourmands, mais cette fois, une épaisse brume d'altitude nous vole un peu du plaisir de les contempler. Depuis notre arrivée dans ce pays, le soleil est assez capricieux et se montre un jour sur deux. Avec l'altitude c'est la fraîcheur qui brille par son absence !

Une fine pluie nous accueille à Comoyagua. Cette fois, nous trouvons une chambre rapidement : rudimentaire mais propre, toujours la douche glacée, c'est le standard ! (la veille, nous avons inauguré notre première douche chaude, un coup de chance : entrés dans un hôtel « première classe » pour un renseignement - où trouver une chambre foireuse, pas chère ? -, nous décrochons une chambre à 70 % de discount alors que généralement au Honduras, on ne comprend même pas la démarche du marchandage - on reste dubitatif devant nos piètres compétences en calcul ou en espagnol quand on propose un prix plus bas, ça devient un running gag - !).

Ce dimanche, c'est jour de marché, jour d'animation. Un marché un peu fade. Quant aux placettes, devant les façades poudrées de blanc des églises, nous les trouvons un peu trop calmes à notre goût. Sous ce ciel terne qui s'embourbe lentement dans les paquets de nuages, les rues assoupies se fatiguent encore avec le soir qui avance.

 

Nous voilà depuis quelques jours au Nicaragua... A Leόn, nous retrouvons avec plaisir la chaleur, une agréable chambre, plus d'animation dans les rues et Mmmmm..., des plats sympathiques, de la viande sans énorme bouts de gras, plein de fruits excellents... Les montagnes, c'est toujours un peu plus rude !

En un mot, ça s'annonce plutôt sympa le Nicaragua...

Je vous embrasse. Plein de soleil et de chaleur pour supporter vos frimas hivernaux ! Prenez soin de vous, petite laine et grand grog s'il le faut !

Hasta la proxima !

Flo



Publié à 03:27 , le 9 janvier 2010, Honduras
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Du Guatemala... en veux-tu, en voilà !

COPAN RUINAS (Honduras), le 27/12/09

Hola !

Il paraît que nous avons commencé à croquer l'Amérique Centrale par le meilleur bout ! Effectivement, il y a quelque chance pour que la suite soit moins haute en couleurs. Le Guatemala est un véritable trésor d'authenticité. Une surprenante bulle d'ailleurs, d'autre chose, d'un autre temps. Préservée. Vivante. Vraie.

Pour ne rien gâcher, les paysages sont un pur régal : la jungle luxuriante de la route maya, ses pyramides impressionnantes, les hauts plateaux montagneux, en passant par les rives du lac Atitlán, les volcans actifs ou sagement assoupis, les vieilles pierres coloniales d'Antigua et j'en passe...

Si ce pays est encore boudé des touristes, ce n'est certainement pas car il a peu à offrir. Les troubles sociaux et politiques en font une destination pour certains, trop aventureuse. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il n'y a aucun risque mais en restant serein et prudent, il y a de grandes chances pour que seul les bons souvenirs s'accumulent. Cependant, on ne peut que regretter d'y avoir moins de latitude que dans les pays où la violence et le crime sont anecdotiques. Le gouvernement à fort à faire pour rassurer les touristes qui sont pour ce pays à l'évidence une source potentielle de revenus considérables... Mais il y a tant de choses auxquels les politiques devraient s'atteler : les droits de l'homme bafoués, les indigènes spoliés, l'extrême pauvreté qui en résulte et les discriminations ethniques, les femmes violentées, la corruption... D'ailleurs, à titre d'illustration de cette lutte molle contre le crime organisé (ou pas très organisé d'ailleurs la plupart du temps), je lisais ce matin dans un journal (du 26/12) qu'on se félicitait de la baisse du nombre de crimes à l'arme blanche comme à l'arme à feu dans la journée du 25 décembre : de 30 à 28  pour l'un et de 29 à 28 pour l'autre... Joyeux noël ! Si on retrouve un cadavre dans quelques jours, toutes ces belles conclusions ne tiendront plus... à quelques cheveux près !

Allons, ne parlons pas des choses qui fâchent, j'en connais quelques-un(e)s qui vont s'inquiéter dans les chaumières si je continue dans ce registre... Un seul petit épisode noir dans toutes ces lignes de pur délice, vous verrez...

Flores (Guatemala) : 9 décembre

Arrivée de nuit à Santa Elena, la banlieue de Flores, un brin sordide. Pas très à l'aise dans ces rues sans éclairage sinon celui des rares échoppes encore ouvertes. Quatre heures de trajet. Une route dans un piteux état et un bus à peu près dans le même, nous sommes fatigués. S'en est bien fini du confort des premières semaines... L'aventure reprend. Après presque une heure de marche avec les sacs et la visite de quatre posadas (hôtels bon marché) toutes aussi désolantes les unes que les autres, nous jetons l'éponge dans la cinquième (qui ne doit pas en voir souvent la couleur, d'une éponge !), glauque et plutôt crade donc. Avec en poche les 50 quetzals que nous avons changés à la frontière, nous nous payons deux tacos infects bourrés de mayonnaise (pour faire glisser la friture ?!!) et un galion d'eau (3,78 L exactement !).

Le lendemain, après un rapide tour de Flores au centre mignon couleurs pastel, mais pour le reste guère palpitante, nous prenons un minibus pour El Remate que l'on nous a vivement recommandé...

El Remate (Guatemala) : 10 décembre

- De l'eau et des couleurs...

Halos mauves et orangés sur les eaux du lac Petén Itzá. Les herbes autour, que broutent quelques chevaux faméliques, phosphorescentes. Il y a des jours où les nuages, artistes, gomment la monotonie du ciel bleu pour peindre des ambiances inoubliables ; Ce jour de notre arrivée était de ceux-là ; L'après-midi, chaude et moite de rigueur dans cette plaine a tourné en la plus douce des fins de journée, baignée d'une lueur rare et indéfinissable, divine.

Entre deux baignades, Adenas et son petit frère, les voisins de la casa de Doňa Tonita où nous logeons agréablement, nous emmènent crapahuter dans les montagnes alentour. Dans leurs petits sacs de toile, ils ramassent en chemin quantité de trésors : plantes à mâchouiller, à faire infuser, fruits (coco locos et autres dont le nom m'échappe déjà), courges à l'abandon d'un champ déjà récolté, le squelette d'une tête de vache, du bois exotique laissé par des bûcherons... A chaque trouvaille, ils troquent quelque partie de leur cargaison devenue trop encombrante contre une autre plus intéressante à leurs yeux. Entre lagunes, monts et cultures, autour de ruines mayas inexplorées tapies sous la jungle, la ballade dure cinq heures, car en chemin notre jeune guide a un peu perdu le sien et beaucoup papillonné. Peu importent le soleil rude et la fatigue, l'eau claire du lac les a gommés !

- Tikal, une ruine pour des ruines sans prix !

Lever à l'aube. 5h30, nous attendons dans le noir un minibus. Beaucoup sont plein, d'autres nous font un tarif spécial touriste en rade. Nous partons une heure plus tard, dommage... A l'entrée, mauvaise surprise, le prix de l'entrée a triplé en 3 ans : 150 quetzales par personne (contre 25 pour les locaux) soit une petite quinzaine d'euros, soit 6 nuits de nos petites pensions rudimentaires ! Sglurp ! Politique du touriste vache à lait un peu difficile à avaler d'autant que pour le tarif, le plan du site reste payant, les deux petits musées idem et les traductions en langage gringo pas toujours au rendez-vous !

La jungle s'éveille : cris impressionnants des singes hurleurs, sauts des singes-araignée faisant craquer les branches des hauts ceibas (arbre sacré des Mayas) et sapotilliers (dont les chicleros récoltaient la gomme à mâcher nommée chicle). Des coatis, petits mammifères à la longue queue touffue traversent tranquillement les sentiers, peu farouches avant d'envahir par bande de plusieurs dizaines les arbres alentour. Deux superbes toucans grignotent des baies de branches en branches. Le chant des oiseaux fait vibrer la canopée, une étrange rumeur nous entraine de temples en temples...

Les vestiges du centre de cette cité maya s'étirent sur plus de 16 km². Nombreux sont ceux encore enserrés dans leur gangue de jungle. D'autres à demi débarrassés de leurs oripeaux végétaux donnent la mesure des travaux de restauration titanesques ; à l'image de la folle entreprise des Mayas en leur temps. Les plus hautes pyramides affichent des proportions étonnantes, élancées sur une base qui semble frêle devant une telle hauteur. Nous ne résistons pas à toutes les escalader, des centaines de marches abruptes qui nous font devenir oiseau, le regard envolé dans un horizon de jungle immaculé sinon ces tétons de pierre qui percent la canopée... le spectacle est saisissant. Après 8 heures dans les bras envoutant de Tikal, nous rentrons, épuisés mais comblés, dans la voiture d'une sympathique famille guatémaltèque en vacances (leur véhicule confondu avec un combi pour touristes, nous avons fait du stop sans le vouloir...)...

Cobán : 13 décembre

Microbus ou « chicken bus » comme disent les gringos : Quand on dégote une place assise, si ridiculement étroite et inconfortable soit-elle, il faut s'estimer heureux. 3 changements de El Remate, 6h30 à Cobán, 13h00 ; et trois fois gagnants. Contents d'arriver car à cinq sur une rangée normalement conçue pour trois on se sent un peu trop chicken tout de même ! Mais debout, en L, pendant des heures au-dessus de la tête des autres poulets, c'est bien pire.

Cobán est une ville moyenne, agréable, blottie dans les montagnes et au climat nettement plus frais. Nous nous y promenons quelques heures (perché sur une colline, un joli calvaire tout blanc, en contrebas un grand parc boisé, et au loin un air de marimba...) avant de nous empiffrer de petits sandwichs et de redoutables fritures : tacos, bananes plantain sucrées fourrées au frijoles... A peine au tiers et c'est déjà l'écœurement. Il semblerait que le « sur-le-pouce » des petits marchés de rue soit nettement moins savoureux qu'au Mexique. Une règle, ce n'est pas parce que c'est petit qu'il faut acheter beaucoup : c'est du lourd !!

- Chasse au quetzal

Près de la réserve naturelle « Biotopo del quetzal » (à 60 km de Cobán) se trouve une pension réputée être le lieu de prédilection des quetzales, oiseau rare et merveilleux que tout voyageur au Guatemala rêve de rencontrer : l'oiseau-sacré du peuple maya (leurs plus longues plumes composaient les extraordinaires coiffes des hauts dignitaires) et l'emblème de toute la nation guatémaltèque aujourd'hui.

Pour mettre toutes les chances de son côté, il faut débourser une nuit d'hôtel un peu cherotte (d'autant que pour le prix, il y a un système pour chauffer l'eau dont on apprend que le courant électrique n'est pas assez puissant pour l'alimenter, c'est toujours un plaisir dans la jungle humide et fraîche de s'en rendre compte à la tombée de la nuit. Froide)

Mais perché dans un arbre, immobile pendant une demi-heure, il est là, posant comme une star impassible sous les cliquetis des déclencheurs des appareils-photos. Des plumes aux reflets dorés, verts et turquoise dont ces deux traines si longues que les Mayas ont vu en lui le fameux Dieu « serpent à plumes » ; une gorge rouge vif au-dessus de laquelle balance une fine tête ébouriffée comme celle d'un jeune poussin. Son envol en huit, cerf-volant aux longs rubans pris dans le vent, est féerique.

Le lendemain matin, nous ne pouvons résister à l'envie de le trouver à nouveau. Après une heure d'attente et d'inspection méticuleuse des branchages, je le vois enfin. Mon cœur enfantin bondit à sa vue. Plus proche encore qu'il ne l'était la veille, nous nous étonnons encore de sa beauté et de son étrangeté. Tranquillement, il grignote et régurgite les fruits de l'arbre, sans ce soucier de nos commentaires. Nous devons partir avant qu'il renouvelle le spectacle de son envol. Son petit caprice de star. Animal ou chimère ? Je me demande si je n'ai pas rêvé...

Antigua (Guatemala) : 15 décembre

Sur la route de la réserve, une navette touristique nous propose un trajet direct jusqu'à Antigua, l'ancienne capitale. Une aubaine, le prix est correct, nous évitons les changements et surtout le passage obligé par l'affreuse Ciudad-Guatemala !

Quand le minibus nous dépose sur la grande place, c'est le bonheur. Nous sommes au cœur d'une ville cernée par les montagnes et trois cônes volcaniques parfait, une ville d'une élégance rare, où chaque rue est un ravissement. Sur les murs d'enceinte, de jolies patines colorées, du fer forgé accroché aux fenêtres, des portes en bois sculpté rivées de tétons décoratifs de bronze. Derrière, des jardins luxuriants que l'on devine dans les cimes les plus hautes... Des cours intérieures, des patios fleuris, des fontaines, des galeries et des arcades dessinent le faste de l'époque colonial... Il y a aussi ces majestueuses et fantomatiques ruines d'église ou de cloître dont les séismes successifs n'ont pas eu tout à fait raison (mais suffisamment pour décider le transfert de la capitale). Un hôtel de luxe, la Casa Santo Domingo, s'est installé au cœur de l'une d'elles, réalisant ainsi un des endroits les plus raffinés qu'il m'ait été donné de voir.

Aujourd'hui, la ville attire de nombreux touristes et joue à 200 % cette carte du raffinement. Bars, restaurants et boutiques rivalisent de charme. L'inconvénient réside dans les tarifs pratiqués qui ne nous laissent souvent que spectateurs... Peu importe, nous trouvons tout ce qui est nécessaire sur l'immense marché, mangeons dans notre petite pension équipée d'une cuisine et digérons en flânant dans les beaux endroits. Nous trouvons à la ville quelques airs de famille avec San Cristόbal, bien que cette dernière soit intensément plus animée et vivante ; ici, il faut gagner les faubourgs ou parcourir le marché si l'on veut se plonger au cœur de la vie guatémaltèque indigène : huipiles colorés et brodés, jupes longues bariolées, les indiennes y sont fleurs au milieu des étals de fruits...

- Chaud aux étiquettes...

A une heure de route d'Antigua, le volcan Pacaya offre après une heure d'ascension dans la poussière et les éboulis basaltiques un spectacle à faire fondre. Un chapelet de touristes s'égraine le long du versant désolé et se presse. Tous sont impatients et s'excitent aux premières bouffées de chaleur échappées du sol noirâtre. Impossible d'échapper à l'excursion de masse organisée depuis Antigua (même en solo, vous devriez suivre la ribambelle !). Il vous en coûte de vous faire rappeler au nom de « toucans » pendant quelques heures (un air de Club Med !) mais garantit aussi une expérience exceptionnelle, à l'allure probablement trop audacieuse en duo, face à un Pacaya en ébullition ! Soit marcher sur une croute durcie, dessus ou si près de langue de lave qu'on se  surprend à recroqueviller les orteils de peur qu'elles ne viennent nous les lécher. La chaleur est si intense qu'elle m'accompagnera tout au long de la descente en nocturne. Une descente bien délicate quand les piles de la frontale sont en fin de vie. Il s'agit de ne pas trop s'éloigner de ses précieux voisins, plus rigoureux que moi sans doute dans la vérification de leur matos !

Avant de s'engager dans la forêt, les groupes s'arrêtent pour se retourner une dernière fois sur Pacaya. Une longue coulée de lave et des éboulis rougeoyants dévalent la pente, l'une serpentant doucement, les autres sautillant en laissant derrière eux de fines flammèches. Au-dessus, un halo orangé flamboie dans le ciel charbon.

La stupéfaction que provoque un tel spectacle perd un peu de sa force quand des centaines d'autres la parasitent. Mais comment imaginer qu'il n'en soit pas ainsi ? Et dire que peu de touristes « osent » le Guatemala...

Chichicastenango (Guatemala) : 19 décembre

- Bad trip !

De la porte de notre hôtel, nous attrapons au vol un « chicken bus ». Grand format, version technicolor et chrome. A trois passagers par banquette, l'allée centrale est déjà comblée par les demi-corps qui dépassent de chaque côté. S'intercalent entre eux malgré tout d'autres, debout. Sardines. On me presse d'aller tout au fond de la boîte. Un groupe d'hommes s'organise pour me laisser une demi-place assise. Je les en remercie naïvement. Je remercie en fait ceux qui quelques minutes plus tard me lacéreront discrètement mon sac à dos (tout neuf !) au cutter, alors que je le serrais pourtant de près dans mes bras ! C'est dire leur dextérité et leur culot (et leur manque de respect pour ton cadeau, Papa !!). Petites affaires  sauvées par un rouleau de PQ qui en bloquait l'accès (jamais rien de précieux dans cette poche extérieure cependant).

Le trajet s'annonçait pourtant plaisant bien que très inconfortable : chouettes paysages et chansons d'amour au sirop local, chassés-croisés acrobatiques des passagers dans l'allée, escalade sur eux et les sièges du vendeur de « tickets » (en fait, il n'y a jamais de ticket au Guatemala), indigènes en belles tenues colorées... Bien de quoi nourrir le regard !

Prenons cet incident comme une invite à ne pas baisser la garde. Un autre couple a été plus malchanceux : premier jour de vacances et déjà plus de portefeuille ! C'est d'ailleurs leur mésaventure qui me fait constater l'état de mon sac. Et Cyril qui en doutait (et refusait d'entrer dans la paranoïa) réalise qu'il a essuyé également une petite fouille de poche en bonne et due forme (bien vue, la chaîne...)...Tous les quatre assis à des endroits très différents mais invités à s'y placer par le vendeur de ticsons, très probablement complice. Technique rodée et imparable (ou presque !).

Second bus et seconde embrouille. Le chauffeur annonce Chichicastenango, notre destination. Nous montons sans trop demander de précision, un peu secoués et distraits. Il sait la mésaventure qui vient de nous arriver puisque de ce fait nous insistons pour garder les gros sacs à l'intérieur avec nous (et non sur la galerie où l'accompagnateur, pas forcément toujours très vertueux apparemment peut les visiter à son aise lors des arrêts). Mauvaise surprise : le bus nous laisse à un carrefour à mi-parcours. Le prix nous avait semblé correct... mas pour deux fois plus de kilomètres ! J'essaye fermement de récupérer nos billes mais alors que j'argumente, le chauffeur redémarre (Cyril est descendu). Je n'ai d'autre choix que d'abandonner devant la mauvaise foi de ses réponses et son entêtement à avancer... Et j'enrage en le voyant se marrer une fois larguée sur le trottoir (que n'ai-je pas eu l'idée de lui piquer son chapeau pour le forcer à descendre !). Confirmation par les badauds, on s'est bien fait rouler ! Une navette touristique aurait pour une fois été plus économique, c'est dire !

Arrivée à Chichi un peu morose, sous un ciel de pluie prêt à craquer ! Je porte mon sac à dos balafré et un encombrant sentiment de vulnérabilité. Je me sens blessée, en colère aussi ; triste enduit sur les derniers agacements. Un PC qui donne des signaux clairs de fin de vie. Et puis, merde, cette jolie boucle d'oreille que je perds sur la place d'Antigua en enfilant mon pull !

- Une fête se prépare...

Gris le ciel de Chichi et mon humeur. Pourtant un raz de marée de couleurs va vite chasser les mauvais nuages. Sur la place du marché, on prépare les festivités de Santo Tomás (qui vont particulièrement animer cette ville dont il est le patron, pendant quatre jours).

Un grand mât a été monté. Tout en haut se hissent à l'aide d'une étroite échelle des « voladores » masqués et étrangement costumés. Calés dans un cordage de fortune, ils se lancent dans le vide, voltigent en tournoyant et pendant la lente descente en spirale, amusent le public de leurs acrobaties.

Parmi la foule, les tenues des touristes font pâle figure. Les indiennes rayonnent dans leurs huipiles brodés de fleurs ou de motifs géométriques compliqués. Jupe rayée à la verticale et ourlée de bandeaux brodés multicolores, tocoyan (longue bande de tissu frangée de gros pompons) noué en turban autour de leurs longues nattes noires ou tissu plié en galette au sommet du crâne complètent une tenue haute en couleurs. Les hommes ici, ne sont pas en reste : pantalon noir au-dessus du genou, caraco brodé de fleurs sur même fond noir, turban multicolore à longues fanfreluches, sandales de cuir à bout carré, large et élégante capeline sombre. L'originalité et le raffinement de ces tenues n'ont rien à envier à nos créations haute-couture.

Sur les marches de l'église, une volée rappelant celles qui montent aux temples des pyramides, devant une façade immaculée blanche comme neige, la foule assise dessine comme un jardin multicolore de fleurs sages.

Puis c'est la pagaille. Tous se lèvent et se dispersent : trois autels portatifs gigantesques déboulent en fanfare d'une ruelle pavée en contrebas. Ils vont prendre place sous le parvis avant de passer (tout juste) le portail de l'église. Des explosions assourdissantes de tirs au mortier retentissent. De gros tambours répliquent. Un homme danse sur le parvis en faisant trotter dans sa main un petit cheval de bois et son saint cavalier. Dans l'autre, il fait tourner une roue en feu crachant des pétards en tout sens. Puis c'est la bousculade ; les petits vendeurs de gadgets lumineux, de guirlandes, de barbapapa ou de cierges vont tenter leur chance un peu plus loin près des « comedores » (petites popotes de rue ou des marchés) et de leurs consœurs dont les marchandises diverses sont emballées dans les traditionnels tzuts (ces tissus à rayures multicolores bons à tout faire...). Une sono se met à grésiller de la pop américaine et là, pris entre deux lieux et deux époques, vous cherchez le rapport...

A entrer dans l'église Santo Tomás, le syncrétisme du culte local n'est plus à démontrer. Devant les austères Saints grégoriens nichés sous les guirlandes clignotantes et les décors les plus kitschs, les Indiens prient sous leurs traits les idoles païennes. Alors, pourquoi  ne pas écouter Sade pour fêter Santo Tomás ?

- Beau marché sous une sale pluie

Dimanche. Jour de grand marché. Jour de pluie et de brume à ne pas laisser un chien dehors. Pourtant, les vendeurs ont passé la nuit au froid sous les arcades de la place afin d'être à pied d'œuvre aux première heures.

Petit dej' sur la terrasse de l'hôtel, sous le parasol. Office de parapluie. En face, les centaines de tombes colorées du cimetière lancent un fou rire dans la grisaille.

Sur la place de l'église, les pavés irréguliers recueillent des flaques d'eau de plus en plus larges. Dans le dédale du marché, c'est l'inondation... Les bâches qui abritent les étals vomissent des torrents d'eau. Guerre des parapluies dans les allées. Portés par des Indiens hauts comme trois sapotes, les baleines à hauteur de nos yeux, les mares et la cohue ne laissent plus vraiment le loisir de flâner distraitement. Pourtant, les belles marchandises nous appellent de leurs chaudes couleurs. Surtout ces immenses hamacs rayés dont nous raffolons.

Sur la place, les voladores sont au rancard ; les danseurs masqués et costumés qui la veille exhibaient fièrement leurs atours multicolores ont abrité une à une les longues plumes de leur coiffe dans des sachets plastique. Ils ont couvert sequins, paillettes, pompons, grelots, fils d'or et d'argent sous des films transparents. Au son d'un marimba, lui aussi prisonnier du plastique et des cuivres un peu faux, ils dansent sous la pluie, imperturbables.

Vers 15 heures, le mauvais temps a eu raison des touristes qui ont déserté la ville, des Saints en ballade dans leur autel que l'on a remis à l'abri dans l'église, des marchands qui remballent, l'air un peu maussade et... de notre motivation, un peu aussi !

Panajachel - lac Atitlán - (Guatemala) : 21 décembre

Nous quittons les hauts plateaux du Quiché et ses pluies froides pour des contrées (d'altitude toujours, mais moins...) à la météo plus clémente : les rives du lac Atitlán, et d'abord Panajachel... Bien loin de l'authenticité de Chichi mais lovée dans un cadre de rêve.

A quelques kilomètres de la ville, une jolie promenade cernée par de hauts versants fleuris et parfumés conduit à Santa Catarina Palopό, un petit village que la danse séductrice du tourisme n'a pas ensorcelé. Les femmes vêtues d'éclatants huipiles bleus turquoise et coiffées de turban de velours assortis vendent leurs broderies sur quelque étal de fortune dans les ruelles menant au lac. Devant leur porte, d'autres décortiquent en famille les graines de café à l'odeur âcre, un excellent café que l'on ne trouve que dans les tasses européennes ou américaines !

A Panajachel, enfilades de boutiques, processions de vendeuses et marchés artisanaux ont envahi les rues. Chemin de croix jusqu'à la rive du lac. Là, les volcans San Pedro et Tolimán baignent leurs flans sans faire une vague dans l'eau lisse. Le temps passe, l'atmosphère fraîchit à mesure que le soleil descend sur eux. Les dernières lueurs orangées dorent l'auréole de nuage couronnant le plus saint des deux...

San Pedro La Laguna - lac Atitlán - (Guatemala) : 22 décembre

A bord d'une lancha, le cône arasé du San Pedro en point de mire, nous gagnons le charmant village du même nom qui a fleuri à ses pieds fertiles. Sur la petite place, où mènent des ruelles escarpées aux maisons basses et colorées, un petit marché bien animé se tient chaque matin. Paniers, bassines et tzuts rayés enveloppant les marchandises dansent au-dessus des têtes de la foule multicolore. Huipiles rouges richement brodés dominent parmi les adroites porteuses. Pantalons courts bariolés retenus par une ceinture de tissu et petit chapeau clair font l'élégance des hommes.

Les pieds dans l'eau du lac, les femmes derrière des étendoirs de bois décorés de fleurs en plastique, comme dans un petit théâtre lacustre pour le spectateur sur la berge, frottent le linge énergiquement pendant que les mômes font des bateaux avec les bassines. Dans l'eau savonneuse, les poissons feront de belles bulles... Plus loin, de charmantes pensions, nombres de cafés et de restaurants cosy tenus par des gringos bien inspirés frangent la rive parmi les oiseaux et les hautes herbes. Ils dessinent un quartier des plus agréables fait de jolies constructions et de coquets jardins tropicaux.

Nous avons établi domicile un peu plus loin de la rive. Ambiance plus locale et moins chic, chambre spacieuse et confortable, vue sur le lac, coin cuisine (il est bon de changer du traditionnel poulet-frittes ou œufs-haricots noirs ; avec les produits du marché, on peut  être un peu plus imaginatif que les cuistots locaux !) et tarif défiant toute concurrence.

Sur la route qui conduit au village voisin de San Juan Palopό, plantations de café, bananiers, papayers, palmiers égayent un paysage des plus exotiques. On devine ces terres volcaniques très fertiles... Pourtant, la pauvreté a trouvé dans es environs un terrain qui l'est tout autant. Avec pour toile de fond l'instabilité générale du pays, il n'est pas rare que les routes de cette région touristique soient le théâtre de braquages à main armée. Aussi, les guides recommandent généralement de se rendre de villages en villages en pick-up. Notre jolie marche à travers les montagnes s'achève donc au premier d'entre eux sur la route, plutôt charmant, sous les conseils d'une prévenante vendeuse de textiles traditionnels.

Arrivés à San Pablo, la misère est effectivement plus évidente : devant les minuscules maisons en adobe (brique crue), de petits commerces de survie sèment les rues : ici quelques fruits sur un étal, là une machine à presser des jus... Les gosses déambulent sales et pieds nus, et un instituteur évoque avec résignation les difficultés matérielles des écoles ; des hommes archi-saouls cuvent sur les trottoirs ou mettent des coups de pied dans les portails...

A San Marcos La Laguna, la vie des habitants perchés dans le village-haut (très haut !) semble plus douce. Les rives du lac, comme à San Pedro ont été squattées par des gringos ésotériques au goût plutôt raffiné : cours de tout ce qu'il y a de plus étrange au programme.

Santiago de Atitlán - lac Atitlán - (Guatemala) : 24 décembre

Nous partons pour Santiago à quelques minutes de bateau. Bien que San Pedro soit des plus agréables, nous espérons trouver dans ce village voisin quelque manifestation plus pittoresque en cette veille de Noël. Déjà, la vue de la jolie campagne qui borde la rive, champs de maïs, plantations de café, jungle échevelée nous fait regretter de ne pouvoir vagabonder à notre aise entre les hauts versants des volcans et l'étonnante petite protubérance du Cerro de Oro, une réplique miniature des deux autres émergée de la berge plane... Comment devant un paysage si paisible imaginer le crime ?

Santiago : une belle et majestueuse église à la façade blanche illumine la grande place déserte. Nous trouvons là, au cœur de la ville, après une bonne heure de recherche dans les rues escarpées, une chambre rudimentaire dont on imagine aisément que l'animation viendra perturber notre nuit. Mais il se trouve qu'ici, les hôtels en plus d'être sans charme sont hors de prix. Cette posada familiale, plus chaleureuse fera l'affaire...

Comme tous les soirs et partout dans ce pays, la ville vers les 19 heures est prise d'un sursaut. Tout s'anime, et un intarissable magma sonore accompagne chaque fois ce réveil ; la place se remplit de gosses agités allumant des pétards à tout-va, les sonos et radios se font écho de toute part. Les hommes, sans se soucier de cette cacophonie ambiante bavardent sur les bancs publics. Culottes courtes blanches, bleues ou mauves rayées de noir, leur allure évoque à la fois le corsaire, le gentleman à l'élégante chemise et le cowboy au regard du large chapeau qui couronne le tout. Chez les femmes qui commencent à arpenter le marché, c'est le mauve ici qui domine. Le foisonnement de broderies précises sur les cotonnades (ourlant parfois aussi le pantalon des hommes) dessine sur chaque vêtement un véritable imagier des oiseaux ou des fleurs du pays. Quelques femmes portent une surprenante coiffe : 25 mètres d'une bande de tissu multicolore (tocoyan) d'à peine 10 cm de large, enroulée sur elle-même autour de la tête (autant dire qu'on ne s'apprête pas à la dernière minute !).

Aujourd'hui, les étals sont à la fête et l'exotisme des douceurs de Noël se lit ici dans le brillant des pommes, des poires et le rebondi des grains de raisin juteux ! Jolies boîtes de gâteaux secs bas de gamme et chamalows semblent également faire partie des douceurs convoitées... 

Quant à notre table, la recherche d'un restau un peu chic et engageant reste infructueuse. Finalement, un poisson-riz-guacamole-salade au comedor de notre pension, plutôt charmant, nous semble encore le plus sympathique : au cœur de l'animation, un œil dans l'assiette et un autre sur la place...

A quelques rues de là, l'église Evangéliste, chef-d'œuvre de béton et de baies vitrées est en pleine effervescence : orchestre et chœur sonorisés, micros des solistes en transe poussés au maximum de l'audible, karaoké avec écran gigantesque. Je m'éclate à chanter Gloria et autres niaiseries de bondieuseries en espagnol. Moi, ça me fait mourir de rire cette dinguerie, un autre, un peu plus loin chante et s'émeut jusqu'aux larmes...

Côté catholiques, c'est ambiance guitares sèches désaccordées dans la nef austère (une sobriété, voir tristesse décorative de rigueur dans ce pays compensée en cette période de fête par des guirlandes lumineuses autour des Saints de bois et quelques banderoles de dentelles synthétiques sous la voûte). La voix d'un curé ultra soporifique rebondit sur ces murs sans joie qu'égaient du parvis les accents de la fanfare d'une procession. Ces interminables et presque inaudibles diatribes, ponctuées par des salves retentissantes de pétards, appellent miraculeusement de minutes en minutes un nombre toujours plus incroyable de fidèles. Dans l'église bondée, les plus beaux huipiles sont de sortie, on s'agenouille en élégante tenue dans les allées qui se colorent sous les statues des Saints au visage pâle et maladif. Eux aussi ont été vêtus de costumes bariolés que l'on ne leur connaissait pas. Passés quelques chants, nous laissons nos deux places rapidement  convoitées sur le banc...

Alors que la fatigue nous a gagnés, de notre lit, derrière le simple vitrage fendu qui nous sépare de la place, les tirs déchaînés au mortier entraînent nos rêveries en temps de guerre. Difficile de trouver le sommeil en état de siège !

Panajachel - lac Atitlán- (Guatemala) : 25 décembre

Panajachel est le lieu idéal pour une petite promenade en famille en ce jour férié. On retrouve la petite ville bien animée. Sur les bords du lac, les gosses de la capitale et d'ailleurs étrennent leurs tout nouveaux trésors : vélos, poupées, petites voitures, gros camions... et avec leurs parents se goinfrent de grosses glaces et autres plaisirs de belle journée ensoleillée. Nous, nous bouquinons face au lac et aux volcans jusqu'à ce que la fraîcheur habituelle de la fin d'après-midi nous déloge de notre petit coin d'herbe...

Chiquimula (Guatemala) : 26 décembre

Pas moins de quatre bus pour gagner cette ville étape, sur la route du Honduras (un bus bloqué au départ de Panajachel (??) nous contraint à trois correspondances pour gagner d'abord la capitale et de là, après un court trajet en taxi, faire un dernier changement)... Ici, en terre ladinos (nom donné aux métis), les rues ont quelque chose de beaucoup plus ordinaire. Nous regrettons un peu cet itinéraire devant le peu d'intérêt que présente la ville. Une nuit à Antigua et un trajet direct en navette touristique jusqu'à Copán Ruinas (au Honduras) nous auraient évité de nombreuses heures de transports fatigants, sans nous coûter plus cher (mieux valait cette fois retourner vers un endroit connu et agréable plutôt que de découvrir beaucoup moins bien !)...

Dernière nuit, étouffante cette fois, au Guatemala (la veille, encore en altitude, nous dormions à grand renfort de couvertures et de sacs de couchage). Dans une chambre un poil glauque. Ses mêmes tons verdâtres déprimants qu'avait notre première piaule à Santa Elena...

Voilà en quinze jours ce que nous a offert ce pays. Pas mal, non ? Vous l'aurez compris, on a beaucoup aimé. Nous n'attendons pas autant de surprise du Honduras. Mais sait-on jamais ? Et puis, on ne peut pas s'en prendre plein la vue sans arrêt...

Nous continuons donc notre route piam-piam de microbus bondés en demi-sièges inconfortables, toujours accompagnés d'une sono tonitruante, une route que l'on devrait tracer sans trop de détours jusqu'au Nicaragua...

De la jungle hondurienne à vos contrées enneigées, nous pensons chaudement à vous. Prenez soin de vous et de vos estomacs. Que les plus gros buveurs de Champ' et bâfreurs d'huîtres gagnent !

Flo



Publié à 01:53 , le 30 décembre 2009, Guatemala
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